( 1 juin, 2010 )

Le molin de l’aridéle

 

« Le molin de l’aridéle » ( Le moulin de l’ haridelle) est incontestablement une chanson traditionnelle . Mais de quelle tradition ?

Saintongeaise sans aucun doute , du bas Poitou aussi et il en existe une version qui est citée en bas de page . Poitevine-Saintongeaise ? Il y est question d’ânes , alors forcement ! De l’entre Loire et Gironde ? Mais oui puisqu’ il s’en retrouve plusieurs versions dont certaines sont superbes dans le Massif Central . Mais nos pseudo-linguistes ne réservent t’ils pas-ils pas l’entre Loire et Gironde  à la culture du Poitevin-saintongeais ? Chanson des pays d’ouest , peut-on la dire aussi de lange d’Oïl ? Peut être  , mais elle est chantée aussi en pays de langue d’Oc .
Si l’on se réfère aux vers qui sont communs dans toutes les versions consultées : « J’ai dix écus dans mon gousset ….prenez en trois , laissez en sept  » Il se rencontre aussi «  laissez en trois , prenez en sept » ( pour acheter un âne )  Il faut donc vérifier à quelle époque,  les sommes entre 3 et 7 écus d’argent  font la valeur d’un âne . En la première décennie des années 1700 , 3 écus font 9 Livres , 7 font 21 Livres . Un cochon moyen vaut 15 Livres , un mouton vaut 5 Livres et un cheval de 40 à 100 livres. Une valeur de 9 à 20 Livres pour un âne semble acceptable pour cette période là et l’hypothèse de la datation de cette chanson (versions évoquées  à 3 ou 7 écus)  en début 18éme siècle semble plausible.

Nos folkloristes ont , le plus souvent eu des scrupules à transmettre leurs travaux de collecte dans la langue où ils les ont reçus , honteux sans doute de réaliser leurs œuvres en un patois de cul terreux incultes . Convaincus que ce langage ne méritait même pas de sépulture, ils l’ont enseveli dans l’ignorance sans s’apercevoir qu’il n’était pas encore mort . Leurs voisins de langue d’Oc ont fait montre de plus d’égards et de discernement , heureusement !!

La version patoise présentée ici est une reconstitution de la chanson Marion , dite aussi : Marion va t-au moulin. Le terme « aridèle » n’est pas un mot charentais , c’est l’ utilisation qui en est faite chez nous, qui est Charentaise . En Français haridelle se rapporte au cheval maigre, malade ou vieux . Les saintongeais l’utilisent dans le même sens , mais pour bien d’autres espèces, de la vache jusqu’au chien et aussi pour l’humain .

Les deux premiers vers de chaque couplet sont à bisser .

Ar’frain
é o p’tit trot , p’tit trot , p’tit trot
Vouéla l’ar’frain de la mounière
é o p’tit trot , p’tit trot , p’tit trot
Vouéla l’ar’frain d’in biâ molin

1-
Quant la marion s’rend chez l’mounier
peur z’y feire moudurer son bié
de caforche sus l’mistu
aridéle grouillera tu
éboughe te baurique Martin
peur nous rende o molin

2-
Quan l’farinier la voué s’en v’ni
y n’en ricasse de piaisi
enfarghe don thiès mistu
aridéle areute tu
enfarghe don ta baurique Martin
o  z’anâ dau molin

3-
D’o temps que le molin torni
vour le mounié la careussi
in louc manghi l’mistu
l’ aridéle grouill’ra pu
in louc a éssarté le pôre Martin
o dret de thieu molin

4-
Qu’étout que n’en dira mon gas
si nout’baurique ne s’en r’ torne pas
y m’cougn’ra por l’ mistu
aridéle vour é tu ?
o va m’saber l’échine Martin
en m’rendant dau moulin

 5-
jh’é di  éthius dans thieu gousset
jhe t’en doune troué , o m’en raste sét
feit l’empiette d’in mistu
ine aridéle baurue
en piace dau définté martin
Qu’a bazit- o molin
 

 6-
Quant soun’ houme vouéyi le bétiau
de peutrasse huchit  beurnensio !
Q’étout que thieu mistu
thieu l’ animau peurdu
o l’é pas l’y nout’ baurique Martin
qui s’rendi t’o molin


  7-
Le nout’ avi les quat pé bian
et les ourales qui virouniant
Ine boune goule de mistu
aveuc dau pouél bauru
qui queneusé son châfre Martin
et le routin dau molin .


8 -
Savau dont point , pôre bobiâ
que thiés bétiau changhant de piâ
O l’é s’ que fasi l’ mistu
moun’ houme z’ou cré tu
Thieu qu’o fasi thiau brave Martin
en ringheant t-o molin .
 

 Cadet Rabistoque

Une version   sans refrain  » Cf : 40 chansons populaires des provinces de l’Ouest – Jérôme Burjeaud éd. Laffitte reprints, 1975 -réédition textuelle de celle de Niort, 1895 «   , évoque Marion «  à cheval sur son âne , filant sa quenouillette de lin » La situation est cocasse autant qu’improbable et un petit stage de filature à la quenouille aurait été du plus grand profit pour nos «  folkloristes ». Mais toutes les formes transmises et consultées offrent chacune leurs incohérences . Certaines décrivent l’âne avec :  « les oreilles en rabattant » , ce qui convient mieux à un cocker qu’à un baudet . Toutes laissent entendre qu’il n’y a qu’un seul âne en scène pourtant un âne lesté de deux charges de blés ( une de chaque coté pour l’équilibrage indispensable) , portant en plus une Marion (sans doute svelte et légère) n’est pas acceptable . C’est pourquoi la version charentaise ci dessus dit : « enfarghe don thiés mistus » car l’auteur suppose qu’ il y a deux ânes , Martin pour Marion , l’autre pour le blé.

Un prochain billet apportera d’autres précisions et vous découvrirez cette chanson sous un éclairage bien différent.

Un fichier musical MP3 est disponible sur demande par courriel ( formulaire en page  d’accueil)  pour les internautes désirant s’essayer au chant de la version patoise  ( diffusion possible sur ce site )

Pour savoir pourquoi bien des ânes s’appellent martin [voir ici] Patois/français

Pas de commentaires à “ Le molin de l’aridéle ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|