Le Pays-Bâtié
Et la ville dédaigna peu à peu le patois , la ville se tourna vers une autre culture abandonnant en chemin l’esprit traditionnel . Le « paraître » y pris sournoisement la première place dans la hiérarchie des valeurs . Le roturié se trouva bientôt isolé , moqué, dédaigné, partout, mais ici un peu plus qu’ailleurs . Le pays-bâtié regarda d’un oeil rageur les « Monsieutrâs » costumés de ce monde du »Négoce » et cette vie qui lui semblait dissolue autour des chais et des barriques ou sommeillait béatement SON COGNAC ! Une rage couvait , les vieilles rancunes dressaient la tête . Il fallait percer l’abcès, une tirade acerbe, des piques bien plantées , tout cela en ce patois que le Cognaçais ne voulait plus entendre .
Ce monologue de Bitou , c’est une pression qui s’échappe , rien à voir avec la part des anges. Une pression qui s’échappe qui soulage et s’oublie dans les vapeurs des alambics .


Bitou-Guy Marquais d’après Georges Charpentier ( Gino)
Jh’seus-t-in pays-bâtier, ol é vrai, n’en dépiaise
à tous lés biâ moncieû qu’avant l’ar si beunaise,
Thyi f’zant teurtous leû pyote en vendant nout’Cougnat
mais teurvirant dau bet , s’on parl’ dau Pays-Bas
O y’é-t-apparament trop fagnoux quant o mouille :
In vrai pot à débouère ! In pacâghe à cagouille !
Voure o z’y botte hardi ! Bin sûr …. ol é fin bouê
mais la veugne z’y queurve… o gheul’ deux ans sus trouê !
Et peurtant dans thieu fié voure o faut dés échasses
vour’ reun z’y vint, qu’dés jhout’, dés sarb’ et dés loupasses,
jh’y ramassons dau bié et des tiarçons d’vin bian.
Dame, peur lés cots d’échine o faut pas feire sembiant !
Jh’sons des copeurs d’achets; jh’mangheons dés monghett’ piates
et jhe qu’neussons reun à reun ! Ol é thieu thyi nous fiatte….
S’o nous mache, en dés temps, jh’beuvons-t-in cot d’pineau
et jh’ creyions qu’tout va beun : Jh’lisons pas lés jhorneaux!…
Thieu et l’govarnement ol é d’la politique !
O faut ét’ d’in parti peur comprenr’ leû pratique,
tandis qu’peur feir’ dau bié ou b’n'él’vé in troupiâ,
in bon pézan suffit, s’rait’i dau Pays-Bas
Quant jh’formogheons l’bétiair’, paraît qu’o vous feit zire ?
Jh’creis point peurtant qu’la bouz’ peurrait vous enchouti
In p’tit d’mais qu’zou z’a feit le trafic dau troué-six.
Jholiment feriant meû de s’passé o léssi …
Quant jh’bouzons nous aireaux ou que jh’droguons la veûgne,
si jh’sons in p’tit fagnoux, ne fazait point la meûgne
et si nous poul’ s’peur’m'nant sus tous lés tas d’ fumier,
A valant beun lés vout’, d’la piac’ Françouè Peurmier .
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Leû pyote : Leur pelote . Faire sa pelote, c’est s’enrichir .
Teurvirant dau bet : Tournant la tête , mais en utilisant bet (bouche) , Bitou leur fait le reproche de parler en détournant la tête, sans soutenir le regard.
Fagnoux : Vaseux.
Pot à débouère: Vase de nuit . Ceci en est l’appellation humoristique : faire l’inverse de boire (bouère, dé-bouère) Que l’on ne s’y trompe pas, Bitou ne s’amuse pas , il ressasse les réflexions blessantes pour les Pays-batiers qui lui sont servies à Cognac.
Pâcaghe à cagouille : Terres humides où seuls peuvent survivre les escargots. Encore une autre vexation.
Ol é fin bouê : Allusion à l’un des 6 crus de la région de production délimité Cognac. Le Pays Bas charentais est dans l’aire » fin bois » pour sa plus grande partie , les » borderies » y sont aussi présentes, autour de Cherves Richemont et Burie. Cette carte des crus , en 1909 comptait, de plus, une septième zone: les » premiers bois » dits aussi » grands fins bois » dont s’enorgueillissait d’être le Pays- Bas.
Thieu fié : Ce fief.
Dés jhout’ : Betteraves, mais aussi bettes ( jhoute à farci ).
Dés sarb’ : Des ravenelles et/où moutarde des champs , dites aussi Rabanéle et Rabanau , rabanâ.
Dés loupasses : Des bardanes. Plus souvent entendu sous la forme lapace. Les terminaisons florales, ancêtres du « Velcro » sont des armes de choix pour régler les différents entre filles et garçons. Les garçons les jetaient ou les plaçaient dans les cheveux des filles.
Coppeurs d’achets :Appellation souvent condescendante et que le Charentais s’applique en auto dérision. Littéralement: coupeurs de lombrics, pour désigner les paysans.
Leû pratiques : Leurs façons de faire , de pratiquer.
Feit zire : qui dégoutte , qui soulève le coeur.
enchouti : Salir.
Trafic dau trouê six : lire [ici ] le billet de Jean Naud . Espérons aussi une intervention de Cosaque et de quiconque sera en mesure de nous éclairer , sur le forum , au sujet de ce trafic.
Jholiment : A le sens de beaucoup, nombreux.
Léssi : Eau chargée de cendres potassiques où de savon de Marseille , circulant sur le linge lors de la lessive.
Bouzé les aireaux : Préparer les aires ou seront battus les grains , les enduire d’une couche de bouse de vache.
Drogué la veugne : Appliquer les traitements phytosanitaires à la vigne. Sont appelées drogues, le souffre , le cuivre , le vitriole, etc….. . De la même façon , les médicaments humains où à usage animalier sont ainsi dénommés .
Françoué Peurmier :Le roi François 1er. Le personnage , statufié est tellement familier de la vie Cognaçaise que Bitou le désigne comme s’il s’agissait d’un prénom et d’ un nom d’état civil , avec un P majuscule à premier . Tout l’monde queuneu Monsieur François Peurmier , qui lojhe sus la piace dau mitan , t- à Cougnat’ !


