( 11 août, 2010 )

Marion va au moulin (suite)

Résumé : Dans le recueil  40 chansons populaires des provinces de l’Ouest – Jérôme Burjeaud éd. Laffitte reprints, 1975 -réédition textuelle de celle de Niort, 1895 , présentait  la chanson  « Quand Marion va au moulin » comme une pièce de notre folklore . Cadet Rabistoque  ronchonnant   » ine foué d’mè « , du fait que cette chanson dite populaire et régionale nous soit transmise en français, en a profité pour nous en Rabistoquer une reconstitution   patoise :   » Le molin de l’aridelle «  .
A l’heure de mettre le billet en ligne nous avons découvert  sur quelques très bonnes pages du web (voir les sources ci dessous)que nos folkloristes nous avaient fait prendre des vessies pour des lanternes et nous vous avions promis alors, de  vous présenter cette chanson sous une lumière nouvelle,
Source:
 
http://xavier.hubaut.info/paillardes/a_boire3.htm#CGODI  dont:
http://xavier.hubaut.info/paillardes/anciens/cour/ane.htm  &  http://xavier.hubaut.info/paillardes/anciens/fleur/ane.htm

 

De 1536 à nos années 2010

A défaut d’être une chanson du folklore et de la tradition des provinces de l’ouest , cette chanson est bien traditionnelle… mais d’une toute autre tradition , celle des corps de garde , de la grivoiserie et des tavernes enfumées et pas des tavernes Saintongeaises , ni des provinces de l’ouest ou  alors,  toutes celles de l’Ouest de……. l’Europe !

 En 1536 déjà , dans [ La Couronne et Fleur des chansons à troys ], publié à Venise on trouve:   La Jeusne Dame va au molin.  L’âne ne s’appelle pas encore Martin mais  « Bauduin », lire Baudouin  . En voici un   extrait  du texte : 

[..La jeusne Dame va au molin
Dessus son asne Bauduin,
Tout chargé de grenade,
La sombredondon
Tout chargé de grenade,
La sombredondon.

Quand le mosnier la vit venir :
« Belle, viendrez-vous moudre icy ?
Et deschargerons l’asne ! »
La sombredondon.
Et deschargerons l’asne ! »
La sombredondon.
Tandis que le molin moloit,
Le mosnier fesoit son devoir,
Et le loup mangeoit l’asne ?
La sombredondon.
Et le loup mangeoit l’asne ?
La sombredondon…..]

Puis en 1607  cette version  est parue à Poitiers  dans   »Airs de Cour » [comprenans le tresor des tresors, la fleur des fleurs & eslite des Chansons amoureuses. extraictes des oeuvres non encor cy devant mises en lumière, des plus fameux & renommez Poëtes de ce siècle.]
[A Poictiers par Pierre Brossart. M.DCVII.]

[…La belle s’en va au moulin,
Dessus son asne baudouin
Pour gaigner sa mouture.
Lanfrin, lanfra, la mirligaudichon,
La dondaine la don don,
Pour gaigner sa mouture,
A l’ombre d’un buisson.

Quand le meusnier la vit venir,
De rire ne se peut tenir,
Voicy la femme a l’Asne,
Lanfrin, lanfra, &c.
Meusnier me moudras tu mon grain,
Ouy Madame je le veux bien
Vous moudrez la premiere,
Lanfrin, lanfra, &c.

Tandis que le moulin mouloit,
Le meusnier la belle saisoit,
Et le loup mengeoit l’Asne,
Lanfrin, lanfra, &c.
Helas ! dit elle beau meusnier,
Que maudit en soit le mestier,
Le Loup a mangé l’Asne,
Lanfrin, lanfra, &c.

En ma bourse j’ay de l’argent,
Prenes deux escus tout contant,
Acheptez un autre asne,
lanfrin, lanfra, &c.
La belle s’en va au marché,
Pour la un autre asne achepter,
Achepta une asnesse,
Lanfrin, lanfra, &c.

Quand son mary la vit venir,
De crier ne se peut tenir
Ce n’est pas nostre asne,
Lanfrin, lanfra, &c.
Voicy le joly mois de May,
Que toutes bestes changent de poil,
Aussi a faict nostre asne,
Lanfrin, lanfra, la mirligaudichon,
La dondaine la don don,
Pour gaigner sa mouture,
A l’ombre d’un buisson….]

 En 1614, dans un fascicule dit :  « La Fleur de tovtes les plus belles chansons qvi se chantent maintenant en France tout novvellement faites & recueillies » A Paris l’an M.DC.XIV ,une version très proche est publiée :

[….La belle s’en va au moulin,
Dessus son asne Baudouin,
Pour gaigner la moulure
Lanfrin, lanfra, la mere Gaudichon
La dondaine la don don,
Pour gaigner la moulure
A l’ombre d’un buisson.

Quand le musnier la vit venir,
De rire ne se peut tenir,
Voicy la femme à l’asne
Lanfin, lanfra.&c.
Musnier ma moudras tu mon grain ?
Ouy Madame je le veux bien,
Vous moudrez la premiere,
Lanfin, lanfra.&c.

Tandisque le moulin mouloit,
Le musnier la belle baisoit,
Et le loup mangeoit l’asne.
Lanfin, lanfra.&c.
Helas, dit elle, beau musnier,
Que maudit en soit le mestier,
Le loup a mangé l’asne.
Lanfin, lanfra.&c.

En ma bourse y a trois testons,
Prenez en deux, laissez en un,
Achetez un autre asne,
Lanfin, lanfra.&c.
La belle s’en va au marché,
Pour là un autre asne acheter,
Acheta une asnesse.
Lanfin, lanfra.&c.
Quand son mary la vit venir,
De crier ne peut se tenir,
Ce n’est pas là nostre asne.
Lanfin, lanfra.&c.

Mary tu as beu du vin nouveau,
Qui t’a fait troubler le cerveau,
As mescogneu nostre asne,
Lanfin, lanfra.&c.
Voicy le joly mois de May,
Que toutes bestes changent de poil,
Aussi a fait nostre asne,
Lanfrin, lanfra, la mere Gaudichon
La dondaine la don don,
Aussi a fait nostre asne
A l’ombre d’un buisson….]

L’âne de remplacement est devenu ânesse depuis  1607  et c’est peut être ce qui a conduit  Arthur Lapierre a chanter cette chanson  alors arrivée   au Canada ,  en parlant de l’âne « catin » . Remarquons que jusqu’ici la belle n’est pas prénommée. Dans la version ci dessous elle devient Mariane . Pourtant dans  d’autre provinces on rencontre « Penaute«   ou bien « Rosette » et bien sur Marion . Quelque fois , le meunier est dit Jean Pierre !
arturlapierre.jpgNé en 1888 Arthur Lapierre chante en 1928 « Mariane » à Montréal . Cette chanson est incontestablement la descendante de la version  » la belle s’en va au moulin «   de 1536  . Trois particularités seulement: La belle est devenu Mariane . L’âne s’appelle « catin »  et le dialogue final n’a plus le mari comme interlocuteur, mais le père.  Illustration :Arthur Lapierre Source: Le Passe-temps Montréal :[s.n., 1878-18-- ou 19--].– Vol. XX, no 497 (11 avril 1914).– ISSN 11907681.-P. 123 © Domaine public nlc-9455.     

 

 Source audio : http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/musique_78trs/accueil.htm



Grace à Cadet qui est toujours grognon et aux hypothèses sans fondement de  nos noircisseurs de pages de  » culturel régional « ,   nous avons   suivi la vie d’une chansonnette à travers les âges de   1536  à  2010 . !

 Moralité : La transmission d’une chanson même grivoise  peut traverser un demi millénaire et les continents, indemne de grosses altérations .  Laissons la  faire son chemin , sans l’ ingérence des marchands de culture !

 

12
Page Suivante »
|